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Borne to Kill

« Ces gens sont devenus complètement cinglés. Ils font de la politique avec de l’argent et des ordinateurs. »

  • Edith Cresson

Greta Kaczynski : Bonjour madame la Première ministre et merci de m’accorder cette interview exclusive. Née en 1961 de parents qui dirigeaient un laboratoire pharmaceutique, passée par Polytechnique, la direction de SNCF et de la RATP, la préfecture du Poitou-Charentes, et divers postes ministériels, il est évident que vous avez toujours été ’au plus proche de ce que vivent les Français’. Cependant, selon des sources concordantes, ces derniers vous connaissent mal. Comment vous présenteriez-vous en quelques mots ?

Elisabeth Borne : Je suis une femme de gauche. La justice sociale et l’égalité des chances sont les combats de ma vie. Je le disais hier dans le Journal du dimanche et je le redis en cet instant sans frémir : je ne mentirai pas aux Français.

Peut-on considérer votre nomination comme une avancée pour la cause des femmes ?

Je dédie ma nomination à toutes les petites filles. Renforcer l’orientation des jeunes filles vers les filières scientifiques doit être un chantier du prochain quinquennat.

Pour ma part, je brigue la direction du ministère des PTT (Postes, Télégraphes et Téléphones) car j’ai un projet de réforme postière. J’aimerais réduire les inégalités par un système de redirection des colis : les colis Amazon Prime et les paquets sécurisés renfermant de luxueuses marchandises seraient acheminés dans les boîtes aux lettres des pauvres et des associations caritatives ; quant aux mises en demeure, aux rappels de la CAF et à tout ce qui est empoisonné, piégé ou pourrissant, cela finirait dans les boîtes aux lettres des gros pollueurs. Sur cette base, seriez-vous prête à me faire une place dans votre gouvernement ?

Non je n’y suis pas favorable, car cela reposerait sur des milliers de transports de colis avec tout ce que ça pose comme problèmes d’embouteillages, de pollution, d’émissions de gaz à effet de serre.

Après la fâcheuse démission du non moins fâcheux Nicolas Hulot en août 2018, vous aviez été parachutée au ministère de l’Écologie. Depuis, l’état de la planète est de plus en plus catastrophique, et il fait environ 45°C ressentis en plein mai à Paris. On peut donc affirmer, pardonnez-moi cette franchise, que votre action fut nulle et non avenue. Que prévoyez-vous de faire très concrètement pour améliorer la situation ?

Nicolas Hulot a été un formidable lanceur d’alerte mais aujourd’hui on rentre dans le dur. La transition écologique est plus que jamais nécessaire. Elle est une chance pour la réindustrialisation. Une opportunité de croissance et d’emploi. Un levier de compétitivité. Il y a 10 ans, la croissance verte était un horizon qui pouvait sembler lointain. La vieille opposition entre écologie et économie, entre protection de l’environnement et croissance est dépassée. Nous voyons dans la transition écologique une source majeure d’activité, d’innovation, et d’emplois ainsi qu’un puissant levier de compétitivité pour les entreprises. L’aviation en est un très bon exemple.

Après votre passage au ministère de l’Écologie, Le Monde, Libération et La Croix s’accordaient pourtant pour dire que vous n’aviez pas réussi « à mettre la protection de l’environnement au cœur des décisions du gouvernement ».

Un empilement d’insinuations ne fait pas une information. Je n’ai pas de leçons à recevoir sur l’écologie.

Allez-vous renouveler le parc nucléaire en lançant le chantier des réacteurs EPR 2, qui d’après leurs promoteurs produisent une électricité décarbonée ?

C’est un sujet sur lequel nous allons travailler avec Bruno Le Maire, mais moi vous savez, je me méfie des fausses bonnes idées qui à la fin ont l’effet contraire de ce qu’on attend.

Est-il vrai, comme le dit Anne Hidalgo, que vous êtes une ’bête de travail incroyable’ ? Un journaliste vous décrit même comme une ’workaholic’ …

Aider chacun à s’émanciper par le travail, c’est une valeur de gauche. À la RATP, on m’appelait ’Borne-Out’, plus d’un sont sortis de mon bureau en larmes. D’ici 2025, on peut se fixer l’objectif du plein-emploi.

Pourtant, selon un rapport du think tank Autonomy (2019), « au rythme actuel des émissions carbone », il faudrait que nous nous limitions à travailler environ « 9 heures par semaine pour maintenir le pays sous le seuil critique des 2°C de réchauffement climatique ». Qu’avez-vous fait en ce sens ?

Je rappelle qu’il y a plus d’un million d’emplois qui ont été créés depuis le début du premier quinquennat Macron. La réforme de l’assurance-chômage a permis d’accompagner ceux qui sont éloignés de l’emploi pour qu’ils puissent y retourner. Le plan 1 jeune = 1 solution a permis d’accompagner 60 000 jeunes, qui ont pu découvrir un métier, se former et donc accéder à un emploi. C’est aussi ce que nous voulons faire pour les bénéficiaires du RSA.

Mon cousin Théodore souffre d’éco-anxiété. Que lui préconisez-vous ?

Je lui conseille la randonnée dans le désert. Tenez, Wadi Rum, en Jordanie, c’est un désert extraordinaire. Quand vous êtes à Petra, vous avez des couleurs rouges, vertes, bleues… C’est ma-gique !

Dois-je en déduire que vous vous êtes rendue dans ce désert en avion, alors que c’est un moyen de transport horriblement polluant ?

Oui, nous avons besoin du transport aérien. Le gouvernement n’est pas de ceux qui pensent que l’avenir s’écrira sans avion. J’assume parfaitement que l’État soutienne ces lignes d’aménagement du territoire. N’en déplaise aux détracteurs de l’avion, je préfère une petite ligne aérienne qui désenclave rapidement et efficacement, à la construction de très grandes infrastructures de lignes à grande vitesse à la fois lointaines et coûteuses et dont le bilan carbone n’est pas des plus évidents.

Prévoyez-vous au cours de votre mandat de prendre au moins une mesure (même toute petite), qui ferait avancer la cause écologique ?

Il est normal qu’il y ait des attentes, des exigences. Mais si la France entend être à l’avant-garde de l’excellence environnementale, elle ne peut être seule sur ce chemin, au risque de n’avoir aucun effet sur le climat et de fragiliser notre compétitivité. Nous avons appelé à une décision à l’échelle européenne et à éviter le piège d’une décision pays par pays.

Et que pensez-vous de tous ces jeunes qui ne votent pas ou votent mal, ’niquent les keufs’, et cassent des banques en manifestation au nom de la défense du climat ? Est-ce une bonne manière de gérer son éco-anxiété ?

Continuez à faire confiance aux jeunes !

Qu’allez-vous faire pour le pouvoir d’achat des Françaises et des Français ?

Nous suivons les recommandations des économistes spécialistes du Smic, qui ne recommandent pas un coup de pouce. Donc on ne va pas donner de coup de pouce au Smic.

En 2021, vous avez été prise en train de vapoter au Sénat, alors que c’est interdit par l’article L3513-6 du code de la santé publique.

Il arrive que je dépasse les bornes. Vous pouvez compter sur moi pour continuer.

Êtes-vous d’accord avec cette métaphore fréquente en écologie, qui présente notre société comme un train qui fonce dans le mur ?

Très clairement, ce train roulera la semaine prochaine et il roulera aussi longtemps qu’il y aura des marchandises à transporter.

  • Bien que cet entretien soit garanti sans mauvaise foi, ceux et celles qui voudraient retrouver les citations d’Elisabeth Borne dans leur contexte original n’auront qu’un copier-coller à faire sur le moteur de recherche de leur choix.

Originaux: Greta Kaczynski – lundi.am