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Covid-19 : la France a-t-elle mené une expérience ratée de réouverture de classe comme l’a dit le président Roumain ?

Question posée par ExpatConfiné le 27/04/2020

Bonjour,

Nous avons raccourci votre demande initiale : «Lors d’une allocution le 27 avril, le président de la Roumanie a affirmé qu’une expérimentation de réouverture d’école avait eu lieu en France dans le contexte du Covid, et qu’elle s’était soldée par un échec. Est-ce que cette affirmation est vraie ? Si oui, où l’expérimentation a-t-elle eu lieu ?»

Lundi 27 avril, comme l’indique le site de la présidence roumaine, le chef d’Etat Klaus Iohannis a indiqué que les écoles n’allaient pas rouvrir avant septembre. Lors de son discours, le président a expliqué qu’il avait pris sa décision après avoir observé ce qui a été fait dans d’autres pays et a effectivement cité l’exemple de la France en ces termes : «Nous voulions également savoir ce qui se passe dans les pays où des écoles ont été ouvertes à titre expérimental. Nous avons un exemple en France, où une école a été ouverte expérimentalement dans une province, et l’expérience ne s’est pas très bien passée. Après quelques jours, des dizaines d’élèves ont été testés positifs et plusieurs enseignants sont arrivés, en quelques jours, en soins intensifs. Les choses ne sont donc pas du tout simples.»

De quoi parle le président roumain ? CheckNews n’a trouvé aucune mention d’une telle expérience dans la presse française. Contacté par CheckNews, le ministère de l’Education nationale dément formellement :

«Aucune école n’a été rouverte à titre expérimental, le seul accueil d’élèves qui existe depuis le début de la fermeture concerne les enfants de personnels soignants et de personnels indispensables à la sécurité intérieure.»

Une référence à l’étude sérologique du lycée de Crépy-en-Valois

Joint par CheckNews, le service de presse de la présidence de Roumanie nous a répondu que Klaus Iohannis faisait référence à «une étude menée entre le 30 mars et le 4 avril 2020 par l’Institut Pasteur, l’Université de Paris et l’Agence française de santé publique sur les élèves et les enseignants du département de l’Oise, une zone touchée par des cas de maladie avec Covid-19, ainsi que par des hospitalisations causées par Covid-19 chez les élèves et les enseignants.»

Une étude sérologique a bien été menée par l’Institut Pasteur au lycée Jean-Monnet de Crépy-en-Valois, dans l’Oise. Mais contrairement à ce qu’en a compris le président Roumain dans sa déclaration du 27 avril, cette campagne de tests s’est faite un mois après la fermeture du lycée, qui a fermé ses portes début mars, et n’a jamais été rouvert, que ce soit à titre expérimental, ou autre. L’établissement de l’Oise a été choisi pour la recherche parce qu’il se situait dans une des zones les plus touchées au début de l’épidémie.

Contacté par CheckNews, le professeur d’épidémiologie Arnaud Fontanet, qui a dirigé l’étude, explique qu’elle portait sur l’épidémie qui «a eu lieu en février» et que l’enquête du 30 mars au 4 avril «a consisté à rechercher sur des prélèvements sanguins les anticorps témoignant d’une infection passée chez les lycéens, enseignants, et personnels de l’établissement». L’étude a montré que 41% des personnes ayant fréquenté le lycée de Crépy-en-Valois avaient été infectées. Chez les proches des lycéens (parents, fratrie), le taux d’attaque était de 11%.

Cordialement

Jacques Pezet

Originaux: LIBERATION – Par Jacques Pezet 29 avril 2020 à 07:39