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«Victime» mais pas «coupable», la Chine renvoie Washington au H1N1 et au SIDA

La Chine a en outre dressé un parallèle avec des crises passées ayant touché les Etats-Unis.

Les passes d’armes entre les Etats-Unis et la Chine se multiplient ces dernières semaines. Accusées par Washington d’être responsables de la pandémie de coronavirus, les autorités chinoises ont invoqué l’histoire récente, estimant que les Etats-Unis n’avaient pas eu de compte à rendre pour leur rôle réel ou supposé dans diverses crises, dont celles du virus H1N1, du SIDA, ou encore dans la crise financière de 2008.

«Attaquer et salir d’autres pays n’aidera pas à gagner du temps ou à sauver des vies»

Lors d’une conférence de presse le 22 avril, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang, a ainsi réagi à l’un des derniers incidents diplomatiques en date entre les deux pays : la plainte déposée par l’Etat du Missouri contre le gouvernement chinois.

«Cette soi-disant plainte […] ne se fonde sur aucun fait ni aucune preuve», a estimé le diplomate chinois, allant même jusqu’à la qualifier d’«absurde», avant de souligner que

les mesures prises par la Chine n’étaient «pas du ressort des tribunaux américains».

«La grippe H1N1 a éclaté aux Etats-Unis et s’est propagée à plus de 214 pays et régions en 2009, entraînant près de 200 000 décès. Quelqu’un a-t-il demandé réparation à la partie américaine ?»

Deux jours auparavant, Geng Shuang s’était déjà agacé des accusations de Washington. «Le virus est un ennemi commun de toute l’humanité et peut frapper n’importe quand et n’importe où. Comme d’autres pays, la Chine est également une victime, et non un coupable, et encore moins un complice du virus», avait souligné le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Il avait ensuite retourné les accusations contre Washington. «La grippe H1N1 a éclaté aux Etats-Unis et s’est propagée à plus de 214 pays et régions en 2009, entraînant près de 200 000 décès. Quelqu’un a-t-il demandé réparation à la partie américaine ?», s’interrogeait le diplomate. Et de continuer : «Dans les années 80, le SIDA a été découvert tout d’abord aux Etats-Unis et s’est propagé dans le monde. Quelqu’un a-t-il demandé des comptes aux Etats-Unis ?» Pour autant, selon l’INSERM «l’ancêtre commun du VIH-1 a dû apparaître en Afrique dans les années 1920-30».

«Les Etats-Unis doivent comprendre que leur ennemi est le virus, pas la Chine»

Le porte-parole a également rappelé que la crise financière qui a débuté aux Etats-Unis en 2008 avec la faillite de Lehman Brothers avait ensuite évolué vers une crise mondiale généralisée. «Quelqu’un a-t-il demandé à la partie américaine de supporter les conséquences ?», questionnait Geng Shuang.

«Les Etats-Unis doivent comprendre que leur ennemi est le virus, pas la Chine. Attaquer et salir d’autres pays n’aidera pas à gagner du temps ou à sauver des vies», estimait encore le diplomate chinois. Et de conclure : «Nous espérons que les Etats-Unis respecteront les faits, la science et le consensus international, cesseront d’attaquer et de blâmer la Chine sans raison, mettront fin aux remarques irresponsables et se concentreront plutôt sur la lutte contre l’épidémie chez eux et sur la promotion de la coopération internationale.»

Pour Washington, Pékin est responsable de cette «pandémie mondiale inutile et évitable»

Côté américain, les accusations visant les autorités chinoises pour leur responsabilité supposée dans la pandémie de Covid-19 s’accumulent depuis plusieurs semaines.

La dernière en date est celle de l’Etat du Missouri, qui a enregistré au moins 177 décès dus au coronavirus et plus de 5 800 individus contaminés selon les autorités locales, et a porté plainte au civil le 21 avril. Le procureur de cet Etat, Eric Schmitt, accuse le Parti communiste chinois, ainsi que d’autres responsables et institutions chinoises, d’avoir «caché des informations cruciales» tout au long de la pandémie, d’avoir arrêté plusieurs lanceurs d’alerte et d’avoir nié la nature hautement contagieuse du virus.

«Nous avons vraiment besoin que le gouvernement chinois dise la vérité»

Ces méfaits et omissions auraient eu pour effets, selon Eric Schmitt, de dissimuler la gravité de la pandémie, causant ainsi des «dégâts» économiques et humains «irréparables» dans l’Etat du Missouri et dans le monde. D’après le procureur, les présumées dissimulations ont par ailleurs généré «une pandémie mondiale inutile et évitable». En outre, l’Etat du Missouri, qui, en plus des décès a enregistré des pertes d’au moins plusieurs milliards de dollars liées à la crise, réclame des dommages-intérêts d’un montant non précisé, selon des documents juridiques cités par l’AFP.

A un journaliste de Fox News l’interrogeant sur la possibilité que le virus soit issu d’un laboratoire chinois, une thèse émise par ce média, Donald Trump avait répondu le 15 avril : «Nous avons de plus en plus vent de cette histoire. […] Nous sommes en train de réaliser un examen très approfondi de cette situation épouvantable qui s’est produite.»

«Nous avons vraiment besoin que le gouvernement chinois dise la vérité», avait pour sa part estimé le secrétaire d’Etat Mike Pompeo le même jour sur Fox News.

Le chef de la diplomatie américaine avait exprimé le souhait que le pays explique «exactement comment ce virus s’est répandu», ajoutant : «Le gouvernement chinois doit être transparent.» Les déclarations du secrétaire d’Etat, qui encore récemment qualifiait ce coronavirus de «virus de Wuhan», dressant ainsi un parallèle verbal entre le pathogène et la Chine très mal perçu par Pékin, semblaient rompre avec la prudence précédemment affichée par d’autres responsables américains.

Une théorie rejetée par l’OMS

De son côté, le directeur du laboratoire épidémiologique de haute sécurité de type P4, ouvert en 2017 avec la coopération de la France, et pointé du doigt par des médias américains comme étant la possible source du Covid-19, avait lui aussi catégoriquement démenti toute responsabilité le 18 avril 2020.

«Il est impossible que ce virus vienne de chez nous», a ainsi déclaré dans une interview accordée à la chaîne étatique CGTN Yuan Zhiming, directeur de l’Institut de virologie de Wuhan, ville épicentre de la pandémie.

«Nous savons clairement quels types de recherches sont menés à l’institut et comment sont gérés les virus et échantillons», avait ajouté le directeur de cet institut doté d’un laboratoire P4, installation de très haute sécurité qui héberge les souches les plus dangereuses des virus connus, comme Ebola.

Par la simple localisation de l’institut à Wuhan, «les gens ne peuvent pas s’empêcher de faire des associations», avait-il déploré, accusant des médias qui «essayent délibérément de tromper les gens» avec des informations «entièrement basées sur des spéculations», sans «preuves».

De son côté, l’Organisation mondiale de la santé, agence spécialisée de l’ONU à laquelle les Etats-Unis ont récemment retiré leur financement, a rappelé qu’aucune preuve concrète ne corroborait la théorie évoquée par Donald Trump. «Toutes les preuves disponibles suggèrent que le virus a une origine animale et qu’il n’est pas le résultat d’une construction ou d’une manipulation dans un laboratoire ou ailleurs», a expliqué une porte-parole de l’organisation internationale lors d’une conférence de presse le 21 avril.

Originaux: RT France