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Dernière leçon sur le confinement

Quel rapport y a-t-il entre le confinement, la sexualité de groupe, les drogues de synthèse, Marguerite Duras et l’académisme marxiste ? Vous le découvrirez en lisant cet excellent article d’Olivier Cheval. [1]

Il y a à Paris chaque week-end, du vendredi soir au lundi matin, dans quelques dizaines d’appartements du centre, du nord et de l’est de la capitale, des centaines de garçons, peut-être quelques milliers, qui se retrouvent pour baiser durant une vingtaine ou une trentaine d’heures d’affilée grâce à l’usage de drogue de synthèse. L’orgie est une activité sociale dont l’existence est avérée depuis au moins trois millénaires, et la partouze est une pratique sexuelle remontant loin dans l’histoire des lieux de sociabilité de l’homosexualité masculine. Ce qui semble nouveau cependant, plus encore que la massivité du phénomène, c’est d’une part sa stabilisation dans des formes instituées qui tendent à la normalisation de cette pratique : sa structuration autour de normes sociales qui autorisent les subjectivités à en éprouver la normalité ; c’est d’autre part l’appareillage technologique sur lequel cette codification se fonde.

Un réseau social, l’application de rencontres Grindr, a établi un monopole sur le mode de recrutement des participants, tandis qu’un arsenal chimique a modelé les nouveaux usages de ce sexe en groupe. La combinaison de deux drogues de synthèse, la 3-MMC et le GHB, qui a démontré sa capacité à désinhiber, à exciter, à augmenter le plaisir sexuel et à tenir éveillé, est à la fois le carburant de ces regroupements et le cocktail addictif assurant leur répétition semaine après semaine. Pour combler les troubles érectiles provoqués par la 3-MMC, les garçons désirant faire usage de leur pénis ont tendance à avoir recours au citrate de sildénafil (commercialisé par Pfizer sous le nom de Viagra). La récente mise sur le marché d’une combinaison de deux molécules antirétrovirales, l’emtricitabine et le fumarate de ténofovir, formant une prophylaxie médicamenteuse au VIH (PrEP, commercialisé par Gilead sous le nom de Truvada) remboursée par la sécurité sociale, conduit les participants à ne pas utiliser de préservatifs. L’usage d’un smartphone, la consommation de drogues synthétiques et le recours à une barrière chimique sont les trois conditions minimales d’entrée à ces soirées prolongées, qui se sont ainsi fixées dans la forme dictée par ces technologies.

La partouze homosexuelle contemporaine est devenue une forme sociale instituée avec ses règles de conduite, ses usages conformes et son savoir-faire technochimique. Elle est donc plus qu’un mode particulier de la sexualité et de la sociabilité : elle est la nouvelle forme de vie d’une part de la communauté gay. Par sa durée prolongée recouvrant tout ou partie du week-end, la partouze occupe l’essentiel du temps libre de la semaine d’un partouzeur salarié. Les drogues créant une addiction qui invite à la répétition, mais aussi une accoutumance qui conduit à ne plus pouvoir baiser autrement, temps libre et partouze tendent alors à se confondre dans la vie de l’individu. Le reste de sa semaine est consacré à travailler, pour obtenir les moyens financiers qui autorisent à vivre dans une grande ville, à avoir un téléphone connecté et à acheter de la drogue — à financer les conditions de ses partouzes. Les temps libres plus réduits de la semaine, en matinée ou en soirée, sont le plus souvent réservés à la musculation en salle de sport, pour voir la reconnaissance sociale de son profil Grindr augmenter, et espérer ainsi accéder à des partouzes plus exigeantes sur l’anatomie des participants ou du moins, pour les partouzeurs les plus âgés, se maintenir en forme afin de ne pas voir se fermer les portes des appartements où ils sont encore tolérés.

Dans cette nouvelle forme de vie, la socialité tend à l’asocial et la sexualité tend à l’asexué. Ces week-ends passés dans des groupes d’où femmes, mineurs, personnes âgées, homosexuels sans smartphone, homosexuels n’usant pas de stupéfiants, homosexuels ne suivant pas la PrEP sont exclus, resserrent l’environnement social du participant à une communauté extrêmement réduite de semblables. La partouze rassemble tout autant qu’elle exclut et isole. Cette scission sociale, elle l’exerce prétendument en vue du plaisir sexuel qu’elle vise à délivrer. Mais la qualité de ce plaisir qu’elle obtient par la transgression, par la multiplication des partenaires et par l’intensification chimique des sensations corporelles tend à se dissoudre : la répétition et la codification tuent le frisson de la transgression, la nudité partagée devient une nouvelle nature ; la multiplication est aussi un rétrécissement, l’empêchement de tout approfondissement du plaisir singulier que tel corps peut donner à tel autre corps ; l’intensification chimique du plaisir est non seulement son évanouissement dans les sphères non vécues de la conscience, mais aussi la substitution du plaisir sexuel par le plaisir que procure la drogue en elle-même. La sexualité est le prétexte social de ces réunions, mais leur horizon inavouable est la formation de sociétés secrètes où rien ne se passe que le temps qui s’épaissit en une grande stase unique où même le cycle du jour et de la nuit s’évanouit dans l’ivresse chimique de l’absence à soi et de la dissipation du monde extérieur. Un temps pour célébrer la solitude fondamentale, l’absence de fin dernière, la disparition de toute justification transcendante à l’existence de l’homme : la messe noire du capitalisme postmoderne.

L’orgie a traditionnellement trait aux mystères sacrés, aux rites sacrificiels, aux débordements carnavalesques, à la dépense festive en pure perte — à l’inconnu du lien qui unit les humains les uns aux autres et à la célébration de ce secret jamais percé.

En interdisant la fête dans les lieux publics, l’arsenal répressif de la crise sanitaire a redirigé l’énergie orgiaque d’une partie du corps social des lieux ouverts vers les lieux fermés, des rencontres en chair et en os vers les rencontres virtuelles, des espaces publics ouverts sur la rue vers les espaces privés accessibles par la technologie.

Les confinements, les couvre-feux, les fermetures des lieux festifs et des lieux culturels, la massification du télétravail et du chômage partiel ont fait exploser le nombre de ces partouzes : en même temps que la structuration temporelle des jours et des semaines se défaisait et que du temps libre s’accumulait, les possibilités de l’occuper diminuaient. Et les partouzes du week-end ont pu s’étaler sur le reste de la semaine, et certaines vies tendre vers la partouze illimitée.

Il y a quelque chose de vertigineux à penser la concomitance du confinement et de cet achèvement d’une codification d’un nouvel art de la partouze. C’est que la partouze nouvelle, sur bien des aspects, avait anticipé ce qui nous arrive. Elle avait montré qu’on peut vivre enfermés des jours durant sans voir le dehors. Elle avait fondé un mode d’existence sur les puissances géolocalisatrices des dernières technologies numériques et sur les innovations juteuses des grands groupes pharmaceutiques, à l’endroit où la distinction entre drogue, médicament et fabrication chimique d’un homme augmenté s’efface. Déjà elle avait dévalué le visage au profit de la corporéité, déjà elle avait conditionné le contact corporel à l’absorption de certains médicaments, déjà elle avait déjà indiqué l’obsolescence programmée de la barrière physique — le préservatif, le masque — appelée à être remplacée par la barrière chimique — la PrEP, le vaccin. Elle avait montré la voie nouvelle de l’existence de l’individu dans un monde où les technologies numériques et pharmaceutiques conditionnent ses rencontres, façonnent ses relations et homogénéisent son hygiène de vie. Elle avait pris de l’avance sur la catastrophe globale dans un petit laboratoire technochimique où l’homme pour qui c’en est fini du sens de la vie éprouve quelques derniers plaisirs avant la nuit, repousse quelques dernières limites avant liquidation.

Il y a une phrase de Marguerite Duras qui m’obsède depuis longtemps, je pourrais presque dire qu’elle me traque. Je marche dans la rue et cette phrase est là, elle s’insinue dans ma tête, elle me demande à être récitée à voix basse pour que la vérité de notre monde soit dite, même sans personne pour l’entendre, que moi, qu’elle et moi, juste pour qu’elle soit dite quelque part, comme un sacerdoce, comme cette prière que les moines adressent à Dieu dans le secret des murs du monastère pour que le monde continue un tout petit peu à exister. C’est dans Les Yeux bleus cheveux noirs, cette ruine splendide de La Maladie de la mort. Je me suis souvent demandé pourquoi elle avait eu besoin de réécrire ce texte. Bien sûr, on peut penser qu’à la fin de la vie, l’inspiration romanesque avait fui : il ne restait plus que les mots, et pas grand-chose, la télévision, Yann, la maison de Neauphle, la mer vue depuis le balcon de Trouville-sur-mer. Elle a d’ailleurs aussi fini par réécrire L’Amant, elle ne savait plus trop quoi raconter. Même son plus beau roman, La Pluie d’été, paru en 1990 après toute une vie d’écriture, n’est jamais que le réagencement d’un récit pour enfants et la redite d’un film qu’elle avait déjà tourné. Mais je crois qu’il y a plus que ça : il y a eu la détestation qu’elle a éprouvée envers La Maladie de la mort, ce livre de la langue pure, l’une des plus belles et des plus claires de la littérature française, mise au service de la détestation pure, celle du désir homosexuel des hommes, cette haine pour cette ultime privation que les hommes infligeraient aux femmes, celle de leur corps d’homosexuel — c’est ce qu’elle crut vivre un temps avec Yann Andrea. Pureté de la langue, pureté de la haine. Puis elle a dû reconnaître que les choses étaient plus compliquées que ça : les choses sont toujours plus compliquées que ça. La littérature est là pour le rappeler. Tandis qu’elle sentait ce que cette pureté avait de faux, parut un petit livre important, La Communauté inavouable de son ami Maurice Blanchot — le seul écrivain contemporain qu’elle ait considéré comme son égal — consacré pour moitié à La Maladie de la mort. J’ai toujours pensé que Duras s’était sentie piégée par ce livre — qu’elle avait eu le sentiment que même cette haine de l’homme, un homme venait la lui arracher pour lui dire : « secret compris », en l’affadissant par des considérations un peu trop vagues sur la « communauté des amants » qui viserait toujours, dans le repli entre les quatre murs de la chambre, « la destruction de la société ». Alors cette Maladie de la mort, elle l’a salie, et cela a donné Les yeux bleus cheveux noirs, ce livre mal fagoté, typique des derniers Duras, mais tellement plus beau que l’original, un roman qui parle d’une plage où les jeunes filles se dépucèlent dans la nuit et de l’amour pour Yann, ce Yann qui coure les hommes le soir dans les hôtels et dans les parcs. Et au milieu de ce roman impossible, ces quelques phrases, donc : « Elle croit qu’il se trompe, que les histoires se vivent aussi sans qu’on le sache. Qu’ils se tiennent déjà à la fin du monde, là où les destinées s’effacent, où elles ne sont plus ressenties comme étant personnelles ni même peut-être humaines. Des amours de collectivité, elle dit. Ça serait dû à la nourriture et à l’uniformité du monde ». Je ne sais pas encore comprendre ces mots si simplement et si étrangement assemblés, mais je crois qu’ils nous parlent d’aujourd’hui, des partouzes et des suicides, des réclusions volontaires et des claustrations définitives, de la tournure mondiale et sans appel des événements.

J’ai découvert récemment un article d’une marxiste académique que j’aurais pu prendre, si mes textes avaient rencontré plus d’écho, pour une réponse à ma série « L’Immunité, l’exception, la mort » consacrée à penser la gestion sanitaire à partir de la philosophie de Roberto Exposito, de Giorgio Agamben et de Michel Foucault. Elle y disait que la biopolitique était une mauvaise façon d’aborder le problème de la pandémie (Foucault l’aurait façonnée comme une arme de guerre pour proposer une lecture du monde alternative à l’herméneutique marxiste, pile au moment où il se rapprochait de la deuxième gauche et du rocardisme, puis Agamben et Esposito auraient fini d’en faire un concept réactionnaire, vitaliste et mystique). Non, la question que poserait cette année tragique, ce serait celle de « la révolution démocratique du travail ». Un tel déni désempare. On assigne à domicile trois milliards d’individus lors d’un événement technosanitaire et une crise sociale et économique absolument inédits dans l’histoire humaine, et pour ne pas déborder des clous, pour ne pas penser hors du quadrillage pré-dessiné de la domination capitaliste, blanche et patriarcale, on réduit l’événement à une « pandémie de classe, genrée et racialisée » qui poserait, avant toute autre chose, la question du salariat. À l’hygiénisme triomphal du pouvoir actuel répond l’hygiène irréprochable de nos intellectuels progressistes pour qui il ne faut absolument pas s’aventurer en terrain glissant. Simone Weil disait que Karl Marx lui était cher, mais qu’elle aimait mieux encore la vérité. À qui raisonne comme elle, ou comme Walter Benjamin, ou comme Georges Bataille, ou comme Pier Paolo Pasolini, ou comme Jean Genet, ou comme Marguerite Duras, à qui cherche la vérité au-delà du vraisemblable idéologique, dans l’articulation toujours périlleuse des idées et de la vie sensible, à qui risque sa pensée à l’intersection de soi et du dehors, à l’endroit où vivre dans ce monde est une blessure, la tâche de l’époque serait de commencer à décrire les lieux de la cité et les habitudes de la société qui, en œuvrant pour l’uniformité du monde, hâtent la venue de la fin. En commençant la recherche par les formes de vie qu’on sent pousser en soi. La chemsex party géolocalisée marque l’esprit par sa proximité avec l’évenement technosanitaire dans lequel nous sommes plongés, mais elle n’est peut-être qu’un symptôme minime face à d’autres phénomènes de masse comme le télétravail, le dating et le ghosting, les afterworks, les concept stores, l’ubérisation, le coaching, le management bienveillant, le narcissisme numérique, le marketing du polyamour, tout ce qui instaure le règne de l’interchangeabilité des êtres par la standardisation technologique, verbale, visuelle et sentimentale des choses.

Si le travail reste le lieu privilégié de l’exploitation capitaliste et d’une critique des rapports de production, il faut aussi penser les nouvelles formes du salariat dans l’éventail des dispositifs anthropologiques du dressage néolibéral et biopolitique de l’humain, sans minorer les autres formes de la socialité.

Car dans nos vies parfois il y a le travail et parfois il y a le chômage, mais toujours il y a la solitude, il y a la technologie, il y a le sexe, et aussi la nourriture, l’uniformité du monde, les amours de collectivité, et toutes ces autres histoires qui se vivent aussi sans qu’on le sache.

Olivier Cheval

[1] Nous nous permettons de renvoyer nos lectrices et lecteurs à trois leçons antérieures d’Olivier Cheval : L’immunité, l’exception, la mort – Penser ce qui nous arrive avec Roberto Esposito, Giorgio Agamben et enfin Michel Foucault.

Original: paru dans lundimatin#269, le 4 janvier 2021

Translated:

What is the relationship between confinement, group sex, synthetic drugs, Marguerite Duras and Marxist academicism? You will find out by reading this excellent article by Olivier Cheval. [1]

There are in Paris every weekend, from Friday evening to Monday morning, in a few dozen apartments in the center, north and east of the capital, hundreds of boys, perhaps a few thousand, who are find themselves to fuck for twenty or thirty hours in a row thanks to the use of synthetic drugs. Orgy is a social activity that has been known to exist for at least three millennia, and orgy is a sexual practice that goes way back in the history of the places of sociability of male homosexuality. What seems new, however, even more than the massiveness of the phenomenon, is on the one hand its stabilization in instituted forms which tend towards the normalization of this practice: its structuring around social norms which allow subjectivities to experience it. normality; On the other hand, it is the technological apparatus on which this codification is based.

A social network, the dating app Grindr, has established a monopoly on how participants are recruited, while a chemical arsenal has shaped new uses of group sex. The combination of two synthetic drugs, 3-MMC and GHB, which has demonstrated its ability to disinhibit, arouse, increase sexual pleasure and keep awake, is both the fuel of these groupings and the addictive cocktail ensuring their repetition week after week. To remedy erectile dysfunction caused by 3-MMC, boys who want to use their penises tend to resort to sildenafil citrate (marketed by Pfizer under the name Viagra). The recent marketing of a combination of two antiretroviral molecules, emtricitabine and tenofovir fumarate, forming drug prophylaxis for HIV (PrEP, marketed by Gilead under the name Truvada) reimbursed by social security, led to participants not to use condoms. The use of a smartphone, the consumption of synthetic drugs and the use of a chemical barrier are the three minimum conditions of entry to these extended evenings, which are thus fixed in the form dictated by these technologies.

The contemporary homosexual orgy has become an established social form with its rules of conduct, its compliant uses and its technochemical know-how. It is therefore more than a particular mode of sexuality and sociability: it is the new form of life on the part of the gay community. By its extended duration covering all or part of the weekend, the orgy takes up most of the free time of the week of a salaried orgy. Drugs creating an addiction that invites repetition, but also an addiction that leads to no longer being able to fuck otherwise, free time and orgy then tend to merge into the life of the individual. The rest of her week is spent working, to obtain the financial means to live in a big city, to have a phone connected and to buy drugs – to finance the conditions of her orgy. The shorter free time of the week, in the morning or in the evening, is most often reserved for weight training in the gym, to see the social recognition of his Grindr profile increase, and thus hope to access more demanding orgy on the floor. anatomy of the participants or at least, for the older orgy, to keep in shape so as not to see the doors of the apartments where they are still tolerated being closed.

In this new form of life, sociality tends to the asocial and sexuality tends to the asexual. These weekends spent in groups where women, minors, the elderly, homosexuals without smartphones, homosexuals who do not use narcotics, homosexuals who do not take PrEP are excluded, tighten the social environment of the participant in an extremely reduced like. Orgy brings together as much as it excludes and isolates. This social split, she allegedly exercises in view of the sexual pleasure she aims to deliver. But the quality of this pleasure that it obtains by transgression, by the multiplication of partners and by the chemical intensification of bodily sensations tends to dissolve: repetition and codification kill the thrill of transgression, shared nudity becomes a new nature; multiplication is also a restriction, the impediment of any deepening of the singular pleasure that one body can give to another body; the chemical intensification of pleasure is not only its fading into the un-lived spheres of consciousness, but also the substitution of sexual pleasure by the pleasure provided by the drug itself. Sexuality is the social pretext for these meetings, but their unavowable horizon is the formation of secret societies where nothing happens except time which thickens into a great single stasis where even the cycle of day and night vanishes. in the chemical intoxication of selflessness and dissipation from the outside world. A time to celebrate fundamental loneliness, the absence of a final end, the disappearance of any transcendent justification for the existence of man: the black mass of postmodern capitalism.

The orgy has traditionally been about sacred mysteries, sacrificial rites, carnival overflows, wasted festive spending – the unknown of the bond that unites humans to one another and the celebration of this secret that has never been revealed.

By banning parties in public places, the repressive arsenal of the health crisis has redirected the orgiastic energy of a part of the social body from open places to closed places, from live encounters to virtual encounters, from public spaces open to the street to private spaces accessible by technology.

Confinements, curfews, closures of festive and cultural venues, the massification of teleworking and short-time working have exploded the number of these orgy: at the same time as the temporal structuring of days and weeks was unraveling and as free time accumulated, the possibilities of occupying it diminished. And weekend orgy may have stretched out over the rest of the week, and some lives stretched towards unlimited orgy.

There is something dizzying about thinking the concomitance of confinement and this completion of a codification of a new art of orgy. It was because the new orgy, in many ways, anticipated what was happening to us. She had shown that you can live locked up for days without seeing the outside. She had founded a mode of existence on the geolocation powers of the latest digital technologies and on the juicy innovations of the large pharmaceutical groups, where the distinction between drugs, medicine and chemical manufacture of an augmented man is blurred. She had already devalued the face in favor of corporeality, already she had conditioned bodily contact to the absorption of certain drugs, already she had already indicated the programmed obsolescence of the physical barrier – the condom, the mask – called to be replaced by the chemical barrier – PrEP, the vaccine. She had shown the new way for the existence of the individual in a world where digital and pharmaceutical technologies condition their meetings, shape their relationships and homogenize their lifestyle. She had gotten ahead of the global catastrophe in a small technochemical laboratory where the man for whom the meaning of life has ended has a few last pleasures before dark, pushes a few final limits before liquidation.

There is a phrase from Marguerite Duras that has obsessed me for a long time, I could almost say that it stalks me. I walk in the street and this sentence is there, it creeps into my head, it asks me to be recited in a low voice so that the truth of our world is told, even without anyone to hear it, that I, who ‘she and I, just so that it is said somewhere, like a priesthood, like this prayer that the monks address to God in the secrecy of the walls of the monastery so that the world continues to exist a little bit. It’s in Blue Eyes Black Hair, this splendid ruin from Death Sickness. I have often wondered why she needed to rewrite this text. Of course, one can think that at the end of life, the romantic inspiration had fled: there were only the words, and not much, the television, Yann, the house of Neauphle, the sea seen from the balcony of Trouville-sur-mer. Besides, she also ended up rewriting L’Amant, she didn’t quite know what to say. Even her finest novel, Summer Rain, which appeared in 1990 after a lifetime of writing, was never more than the rearrangement of a children’s story and the repetition of a film she had already made. But I believe there is more than that: there was the hatred she felt towards Death Sickness, this book of pure language, one of the most beautiful and clear in literature. French, put at the service of pure detestation, that of the homosexual desire of men, this hatred for this ultimate deprivation that men would inflict on women, that of their homosexual body – this is what she believed to live with for a time with Yann Andrea. Purity of language, purity of hatred. Then she had to admit that things were more complicated than that: things are always more complicated than that. Literature is there to remind you. As she sensed what was wrong with this purity, it seemed un important little book, The Inavowable Community by her friend Maurice Blanchot – the only contemporary writer she has considered her equal – half devoted to La Maladie de la mort. I always thought that Duras had felt trapped by this book – that she had had the feeling that even this hatred of the man, a man came to tear it from him to say to him: “understood secret”, by the weakening by considerations a little too vague on the “community of lovers” which would always aim, in the fold between the four walls of the room, “the destruction of society”. So this Illness of death, she messed it up, and it gave Blue eyes black hair, this frumpy book, typical of the last Duras, but so much more beautiful than the original, a novel about a beach where young girls deflower themselves in the night and love for Yann, this Yann who runs around the men at night in hotels and in parks. And in the middle of this impossible novel, these few sentences, therefore: “She believes that he is wrong, that the stories are also lived without our knowing it. May they already stand at the end of the world, where destinies are erased, where they are no longer felt to be personal or even perhaps human. Community loves, she says. It would be down to the food and the uniformity of the world. ” I do not yet know how to understand these words so simply and so strangely put together, but I believe that they speak to us today, of orgy and suicides, voluntary imprisonments and definitive confinements, of the global turn and without appeal events.

I recently discovered an article by an academic Marxist that I could have taken, if my texts had met with more echo, as a response to my series “Immunity, the exception, death” devoted to thinking. health management based on the philosophy of Roberto Exposito, Giorgio Agamben and Michel Foucault. She said there that biopolitics was a bad way of approaching the problem of the pandemic (Foucault would have fashioned it as a weapon of war to propose an alternative reading of the world to Marxist hermeneutics, just as it was getting closer to the second left and Rocardism, then Agamben and Esposito would have finished making it a reactionary, vitalist and mystical concept). No, the question that this tragic year would ask would be that of “the democratic revolution of work”. Such a denial is disabling. Three billion people are assigned to their homes during a technosanitary event and a social and economic crisis that are absolutely unprecedented in human history, and so as not to overflow the nails, not to think outside the pre-drawn grid of domination. capitalist, white and patriarchal, the event is reduced to a “class pandemic, gendered and racialized” which would pose, above all else, the question of wage labor. The triumphant hygienism of the current power is matched by the irreproachable hygiene of our progressive intellectuals, for whom we absolutely must not venture into slippery ground. Simone Weil said that Karl Marx was dear to her, but that she loved the truth even better. To those who reason like her, or like Walter Benjamin, or like Georges Bataille, or like Pier Paolo Pasolini, or like Jean Genet, or like Marguerite Duras, to those who seek truth beyond ideological plausibility, in the always perilous articulation of ideas and of sensitive life, to which risks his thought at the intersection of the self and the outside, at the place where living in this world is a wound, the task of the time would be to begin to describe the places of the city and the habits of society which, by working for the uniformity of the world, hasten the coming of the end. By starting the research with the forms of life that you feel growing within yourself. The geolocated chemsex party marks the mind by its proximity to the technosanitary event in which we are immersed, but it is perhaps only a minimal symptom in the face of other mass phenomena such as teleworking, dating and ghosting, afterworks, concept stores, uberization, coaching, benevolent management, digital narcissism, polyamory marketing, everything that establishes the reign of the interchangeability of beings through technological, verbal and visual standardization and sentimental things.

If work remains the privileged place of capitalist exploitation and a critique of the relations of production, it is also necessary to think of the new forms of wage labor within the range of anthropological devices of the neoliberal and biopolitical training of the human being, without reducing other forms of sociality.

Because in our lives sometimes there is work and sometimes there is unemployment, but always there is loneliness, there is technology, there is sex, and also food, the uniformity of the world, community loves, and all those other stories which are also experienced without our knowing it.

Olivier Cheval

[1] We take the liberty of referring our readers to three previous lessons from Olivier Cheval: Immunity, Exception, Death – Thinking What Happens to Us with Roberto Esposito, Giorgio Agamben and finally Michel Foucault.

Original: published in lundimatin # 269, January 4, 2021