Search and Hit Enter

Emmanuel Macron envisage-t-il le confinement des seules personnes à risque ?

Selon Le Monde qui cite une source anonyme de l’entourage du président de la République, Emmanuel Macron envisagerait le scénario d’un confinement limité aux personnes à risque, c’est-à-dire les seniors, les individus atteints de pathologies lourdes et ceux souffrant d’affections de longue durée.

Or, lors de son allocution télévisée du 28 octobre au cours de laquelle il annonçait le reconfinement, Emmanuel Macron avait évoqué le confinement des personnes les plus fragiles en l’écartant immédiatement : il l’avait qualifiée de «pertinente» mais «pas suffisante», en raison du fait que beaucoup de personnes âgées ont besoin de l’aide de personnes plus jeunes au quotidien pour leurs soins, leur ménage, leurs repas. Le chef de l’Etat avait également signalé que le virus ne touche pas que «nos anciens», rappelant que 35% des patients en réanimation ont moins de 65 ans.

Même si un séjour dans un service de réanimation est sans nul doute un évènement traumatisant pour le patient, celui-ci ne débouche heureusement pas automatiquement sur un décès.

Emmanuel Macron a lui même rappelé que 85% des malades du COVID-19 décédés ont plus de 70 ans et Santé Publique France (SPF), sollicité par LCI, affirme que «l’âge moyen des personnes décédées dont les certificats contiennent une mention d’infection à la COVID-19 est de 81 ans». L’âge médian est quand à lui de 84 ans, ce qui signifie qu’une victime du COVID-19 sur deux a plus de 84 ans.

En résumé, le virus se montre particulièrement virulent chez les seniors, mais les plus jeunes présentent dans leur immense majorité des symptômes bénins. Ces données – stables depuis l’apparition du COVID-19 – autorisent donc à envisager une approche plus sectorielle des mesures de protection des populations.

Dans un avis rendu le 26 octobre, le Conseil scientifique évalue le nombre de personnes pouvant être aujourd’hui considérées comme vulnérables à 22 millions.

Cette population est «hétérogène» : elle comprend les plus de 65 ans, les sujets jeunes «avec facteurs de comorbidité (diabète, surpoids, insuffisance rénale, cancer)» ainsi que les personnes en situation de «grande précarité».

Selon les scientifiques, le confinement de ces personnes, s’il devait être mis en œuvre, «ne pourrait être obligatoire, pour des raisons à la fois éthiques, sociales et sans doute juridiques (rupture d’égalité)».

«Morts visibles» contre «morts invisibles»

Même si l’idée d’un confinement ciblé est minoritaire au sein de la majorité et de l’exécutif, des membres du premier cercle présidentiel auraient évoqué au Monde – sous couvert d’anonymat – que l’isolement ciblé était une hypothèse défendue par certains d’entre eux, et un scénario sur lequel ils travaillent «si l’épidémie réduit». Le quotidien du soir cite également un ministre qui, «à titre personnel», se dit prêt à «prendre un risque sanitaire plus fort pour maintenir plus de vie […] Les gens sont grands, il y a une forme d’infantilisation parfois dans nos sociétés, où l’on voudrait tout normer.» Un choix qui est cependant politiquement difficile à assumer à moins de 18 mois de l’élection présidentielle, quand on sait que la tranche d’âge concernée est le premier soutien de la majorité présidentielle : lors des élections européennes de 2019, la République en marche était arrivée en tête chez les plus de 65 ans avec 32,3% des leurs voix selon Harris Interactive, contre 22,5% à l’échelle nationale.

Les avantages d’un confinement limité aux personnes vulnérables pour la vie économique et sociale du pays sont évidents, et celui-ci pourrait même devenir inévitable dans un contexte économique critique où le PIB français devrait se contracter de 10% en 2020 et où chaque mois de confinement coûte 15 à 20 milliards d’euros au budget de l’Etat, selon Bruno Le Maire – sans même évoquer les nombreuses faillites d’entreprises et la hausse du chômage qui en découle.

En attendant l’arrivée d’un hypothétique vaccin contre le COVID-19, ce confinement limité aux personnes les plus fragiles pourrait donc éviter un effondrement de l’activité économique, qui engendrerait des dégâts humains peut-être pires que ceux liés au virus (dépressions, suicides, pauvreté…).

Une situation qu’un visiteur du soir d’Emmanuel Macron cité par le Monde résume par cette formule : «Nous avons fait le choix d’éviter des morts visibles pour avoir des morts invisibles. Là, les morts invisibles vont commencer à se voir».

Le 5 novembre, plus de 58 000 nouveaux cas de COVID-19 ont été détectés en France en 24 heures, un nouveau record. Avec 1,6 million de cas, la France est le pays d’Europe qui compte le plus grand nombre de cas de contaminations depuis le début de la pandémie. L’hexagone compte pour l’heure 39 037 décès dus au coronavirus.

Originaux: RT – FR