Search and Hit Enter

Orange met au point une application de traçage numérique pour lutter contre le coronavirus

Le PDG de l’opérateur téléphonique, Stéphane Richard, a annoncé avoir développé un «prototype d’application» de traçage numérique qui «fonctionne». Un appel du pied au gouvernement qui tarde à dessiner les contours de son propre outil.

En plein débat sur l’utilité de la mise en place d’un traçage numérique afin de se prémunir contre une résurgence du coronavirus après la fin du confinement, Stéphane Richard, PDG de l’opérateur téléphonique Orange, a annoncé avoir mis au point un «prototype d’application» de surveillance qui «fonctionne».

«Si on pense que la technologie peut aider à sortir de l’épidémie, il faut l’utiliser»,

a-t-il fait valoir sur l’antenne de France Inter. Le message envoyé au gouvernement a le mérite d’être clair : l’opérateur national historique est prêt. Pour le moment, l’exécutif a lui décidé de se tourner vers l’Inria pour développer l’application StopCovid qui devrait permettre, grâce à la technologie Bluetooth, aux personnes l’ayant installé de savoir si elles ont croisé, lors de la dernière quinzaine, un malade atteint du Covid-19.

L’application n’étant que dans sa phase de développement, Stéphane Richard cherche donc à faire main basse sur un marché potentiellement juteux. Cependant, celui-ci a prévenu que l’outill devait être utilisé uniquement «sur la base du consentement», avec un droit à l’effacement dès la fin de la participation de la personne à la base de données.

Le Figaro révèle également qu’Orange aurait travaillé de concert avec plusieurs autres mastodontes comme Accenture, Dassault Systèmes ou encore Sopra Steria. Mais connaissant la propension de ces grands groupes à utiliser sans leur consentement les données personnelles des utilisateurs afin d’en dégager des profits, il aurait été enrichissant d’entendre l’avis du PDG d’Orange sur la mise en place de moyens de contrôle des gestionnaires de cette future application. Il n’en a rien été.

Stéphane Richard a par ailleurs assuré que le conseil d’administration de l’opérateur avait décidé de réduire de 30% les dividendes versés au titre des résultats de 2019. «Nous pensons que c’est un bon point d’équilibre face aux mois qui viennent. Il aurait été injustifié pour 600 000 actionnaires individuels et l’Etat de ne pas distribuer. Une mesure responsable et équilibrée pour préserver nos actionnaires et l’entreprise», a-t-il appuyé.

Il a enfin milité pour une réouverture de 200 boutiques, sur les plus de 550 que compte la marque, dans la dizaine de jours suivant le 11 mai, date actuelle de la fin du confinement. Il a toutefois précisé que ces ouvertures ne se feraient que sur la base du volontariat, ainsi qu’en prenant toutes les précautions sanitaires nécessaires afin de protéger les salariés.

Edward Snowden, ancien informaticien de la Central Intelligence Agency (CIA) et de la National Security Agency (NSA) exilé en Russie depuis 2013, a une nouvelle fois lancé l’alerte sur la surveillance de masse omniprésente facilitée par les nouvelles technologies liées à l’intelligence artificielle, lors d’une interview par vidéoconférence pour le Festival du film documentaire de Copenhague, le 23 mars.

«Lorsque nous voyons des mesures d’urgence adoptées, en particulier aujourd’hui, elles ont tendance à rester», a estimé Edward Snowden au cours de cette même interview. Et de poursuivre : «L’urgence a tendance à se pérenniser. Ensuite, les autorités [étatiques] se familiarisent avec ce nouveau pouvoir [et] commencent à l’apprécier.»

«Ils savent ce que vous regardez sur Internet, où votre téléphone se déplace, et maintenant ils sont au fait de votre rythme cardiaque»

Le lanceur d’alerte a ensuite déclaré que les gouvernements pourraient étendre l’accès dont ils disposent déjà pour surveiller les informations personnelles des personnes en cas de crise.

Pour éclaircir sa pensée, Edward Snowden a pris comme exemple des trackers de fitness qui peuvent mesurer le pouls et le rythme cardiaque, comme l’Apple Watch. Selon lui, la peur de la propagation du Covid-19 pourrait persuader des gouvernements à se connecter aux trackers de fitness et smartphones pour obtenir en retour des données sur votre santé.

«Cinq ans plus tard, le coronavirus a disparu, ces données sont toujours disponibles pour [les services de sécurité et agences de renseignements qui] commencent à chercher de nouvelles choses», a ensuite conjecturé Edward Snowden. Et de prolonger son raisonnement :

«Ils savent ce que vous regardez sur Internet, où votre téléphone se déplace, et maintenant ils sont au fait de votre rythme cardiaque. Que se passera-t-il lorsqu’ils commenceront à mélanger [ces données] et à leur appliquer une intelligence artificielle ?»

Dans le cadre de la pandémie de Covid-19, de plus en plus d’Etats ont émis «des propositions visant à surveiller l’épidémie en suivant les données de géolocalisation des téléphones portables. Cela pourrait s’avérer une méthode puissante pour suivre la propagation du virus et les déplacements des personnes qui en sont porteuses, mais ce sera aussi un outil tentant pour traquer les terroristes, ou tout autre ennemi potentiel des Etats», anticipe le lanceur d’alerte.

«Israël a accordé à ses services d’espionnage le pouvoir de pirater les téléphones des citoyens sans mandat»

Et pour cause, de nombreux pays sont d’ores et déjà capables de reconstituer les déplacements de personnes contaminées «via des images de vidéosurveillance, de leurs transactions bancaires et du bornage de leur smartphone», d’après Le Parisien.

En Europe, l’Italie, le Royaume-Uni et l’Allemagne «ont conclu des accords avec des opérateurs télécoms pour utiliser des données anonymes agrégées afin de créer des cartes thermiques virtuelles des mouvements des personnes», relaie Business Insider, qui poursuit :

«Israël a accordé à ses services d’espionnage le pouvoir de pirater les téléphones des citoyens sans mandat.

La Corée du Sud a envoyé des alertes par SMS pour avertir les gens lorsqu’ils ont pu être en contact avec un patient atteint d’un coronavirus, en indiquant des détails personnels comme l’âge et le sexe.»

Originaux: RT France